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Fukamushi Sencha Sayamakaori “Gokuchanin” + Comparaison porcelaine VS grès de la Puisaye

par | Actualisé le 2 juin 2017 | Publié le 6 janvier 2017 | Thés Verts, Thés-Xpériences | 4 commentaires

  • 82%

Ce thé est un Sencha (un thé vert japonais), plus précisément un Fukamushi Sencha, c’est-à-dire que la phase d’étuvage à été plus longue que pour un sencha classique, ce qui donne un gout plus doux. De cultivar Sayamakaori, il a été produit dans la région de Sayama et est commercialisé par la firme Gokuchanin. Il nous a été offert par  (merci !!!! ) lors de notre dernière visite afin que nous comparions son infusion entre de la porcelaine ou son grès habituel de la Puisaye (suite à une discussion sur les effets de la terre sur l’infusion ; sachez à ce propos que nous avons rédigé un article sur le rôle que joue le matériau sur le goût du thé). Pour cette raison, ce rapport de dégustation n’aura pas exactement la forme habituelle. Jé l’a obtenu suite à une commande groupée sur le Forum des Amateurs de Thé.

Sayama

L'expérience que nous allons faire

Nous n’allons pas ici parler de la démarche expérimentale (ayant tous les deux une formation scientifique, nous en parlons plus longuement dans l’article que nous citions précédemment à propos des effets des matériaux sur le goût de l’infusion), mais plutôt du pourquoi et du comment. Pour le pourquoi, c’est assez simple : Jé et nous, nous nous interrogeons sur les effets que peut avoir sa terre sur l’infusion d’un thé. Il nous a alors offert ce fuka pour que nous l’essayions dans de la porcelaine et dans sa terre. Pour le comment, nous allons l’infuser dans un gaiwan en porcelaine et dans un kyusu en grès de la Puisaye, tous les autres paramètres étant identiques. Vous voyez probablement déjà venir le biais énorme de cette expérience : nous en reparlerons à la fin du rapport.

Aspect des feuilles sèches

Les feuilles sont brisées, de finesse variable (d’environ 1 cm jusqu’à de la poussière), ce qui découle directement du mode de production de ce type de thé. On pleure déjà en les voyant à l’idée de les infuser en gaiwan, on va manger ! La couleur est d’un magnifique vert (PMS 364      ). L’odeur à sec est marine, gourmande et empyreumatique. L’on a de belles notes de céréales, de légumes secs ou encore de biscuits.

Aspect des feuilles humides

Les feuilles humides ont elles aussi une couleur superbe, un peu plus verte que sèches (PMS 362      ). Une fois infusées, elles forment une sorte de boue, ce qui là encore est classique au regard de la construction des feuilles. L’odeur est plus franche mais similaire à celle des feuilles sèches, avec en plus quelques notes végétales que nous n’avions pas précédemment.

Ces feuilles sentent superbement bon et leur couleur est magnifique !

Aurélie

Ouh, j’ai hâte de gouter ! Les feuilles sont magnifiques, sentent très bon et ont une très belle couleur. J’appréhende le gaiwan, je salive à l’idée du kyusu.

Robin

Première méthode d’infusion : infusion en gaiwan en porcelaine

Données sur l’infusion

Cette première méthode d’infusion est donc une infusion en Gaïwan en porcelaine blanc ivoire. Nous sommes partis sur 5 grammes pour 100 ml, soit 4,5 grammes pour ce gaiwan de 90 ml. Avec une eau de Volvic (carrément, oui) chauffée à 80°C, nous avons réalisé une première infusion de 45 secondes, puis une deuxième de 30 secondes suivie d’une troisième et d’une quatrième de respectivement 60 et 90 secondes. Afin de ne pas avoir plus à manger qu’à boire, nous avons filtré chaque infusion.

Liqueur

Limpidité

La liqueur est trouble, ce qui est attendu. C’est la deuxième liqueur qui est la plus trouble et la plus représentative des liqueurs de sencha.

Odeur

Quelle que soit l’infusion, l’odeur est végétale et marine. Quelques notes empyreumatiques sont ressenties, mais très discrètes.

Couleur

La liqueur est d’un beau vert-jaune vif (PMS 379      ).

Infusion

Texture

L’infusion est astringente.

Saveur

Quelle que soit l’infusion, l’on ressent une saveur marine et végétale. La saveur marine est vraiment celle qui domine et l’infusion est très forte, très puissante. L’amertume, sans être désagréable, est bien prononcée. L’infusion est lourde.

Touche finale

La touche finale est marine.

Avis sur cette infusion

L’infusion est bonne mais la saveur marine prédomine et écrase tout le reste. On sent qu’il y a autre chose mais sans arriver à l’identifier.

Aurélie

Ces infusions sont bonnes mais lourdes et costaudes. Par ailleurs, on a des saveurs mais elles semblent séparées les unes des autres, comme si elles n’étaient pas liées en harmonie. Un peu comme des valeurs discrètes, bien séparées les unes des autres.

Robin

Deuxième méthode d’infusion : infusion en Kyusu en grès de la Puisaye

Données sur l’infusion

Cette deuxième méthode d’infusion est donc une infusion en Kyusu en grès de la Puisaye. Nous sommes partis sur 5 grammes pour 100 ml, soit 5 grammes pour ce kyusu de 100 ml. Avec une eau de Volvic chauffée à 80°C (et issue de la même bouteille que précédemment, le même jour), nous avons réalisé une première infusion de 45 secondes, puis une deuxième de 30 secondes suivie d’une troisième et d’une quatrième de respectivement 60 et 90 secondes. L’infusion est filtrée par le filtre du kyusu.

Liqueur

Limpidité

Comme précédemment et comme attendu, la liqueur est trouble et c’est la deuxième qui l’est le plus.

Odeur

Comme précédemment, l’odeur est végétale et marine. En outre, nous ressentons également des notes gourmandes ainsi que des céréales et des pois chiches crus.

Couleur

La liqueur est d’un beau vert-jaune vif, un peu plus soutenu que précédemment (PMS 380      ).

Infusion

Texture

L’infusion est nettement plus ronde que précédemment.

Saveur

Comme avec le gaiwan, nous avons des dominantes marines et végétales, mais sans aucune dominance de l’une par rapport à l’autre. D’autres saveurs se font également sentir, telles que des légumes secs, des pois chiches, des lentilles, des céréales… C’est beaucoup plus riche, plus fin, plus équilibré. On a également un bel umami que nous n’avions pas précédemment.

Touche finale

La touche finale est marine, empyreumatique et gourmande.

Avis sur cette infusion

L’infusion a une très belle odeur dans laquelle je distingue beaucoup de céréales. En bouche, on a quelque chose de plus fin, plus rond et moins amer et beaucoup plus de saveurs, toutes en harmonie.

Aurélie

Les saveurs des infusions sont bien mieux équilibrées. On a un thé beaucoup plus riche et beaucoup plus fin, plus harmonieux et moins astringent. Plus de saveurs discrètes ici, on a au contraire quelque chose de cohérent, qui forme un tout avec beaucoup plus de sens.

Robin

Conclusion : limites et perspectives de cette expérience

Clairement, il ressort de ce test que le grès de la Puisaye qu’utilise Jé dans la conception de ses théières se prête mieux à ce fukamushi sencha que la porcelaine. Les infusions sont en effet bien mieux équilibrées, plus rondes, moins astringentes. La porcelaine restitue bien les saveurs mais ne lisse rien, ce qui fait que certaines saveurs ou odeurs vont prendre le pas sur d’autres, plus subtiles. Dans ce grès, tout s’équilibre de manière cohérente.

Nous ne pouvons en revanche pas encore généraliser ce résultat à l’ensemble des fuka, bien qu’une discussion avec Jé semble confirmer que d’autres fuka qu’il a pu tester réagissent de la sorte. Nous ferons venir prochainement d’autres fukamushi sencha pour tester de notre côté. De même, nous ne pouvons pas étendre ces résultats à l’ensemble des thés verts, ayant déjà remarqué de notre côté que les thés verts chinois gagnaient en amertume dans ce grès. Peut-être donc que ce grès se prête aux thés japonais et moins aux thés chinois ?

Enfin, notons la présence d’une variable confondue de taille dans cette expérience. En effet, nous avons certes ici deux matériaux (porcelaine VS grès de la Puisaye), mais aussi deux formes d’infuseurs (gaiwan VS kyusu). Les résultats proviennent-ils de la forme ou du matériau ? Il faudrait dans l’avenir un kyusu en porcelaine pour comparer, ce que pour l’heure nous ne possédons pas. En revanche, nous avons un hohin en grès de la Puisaye. Les hohin ayant une forme proche de celle des gaiwan, nous vous proposons (après coup) de lire la dégustation qui en découle ci-dessous. Les conditions sont les mêmes, à ceci près que ce troisième test a été effectué le lendemain des deux précédents.

Troisième méthode d’infusion : infusion en Hohin en grès de la Puisaye

Données sur l’infusion

Cette troisième méthode d’infusion est donc une infusion en Hohin en grès de la Puisaye. Nous sommes partis sur 5 grammes pour 100 ml, soit 5 grammes pour ce hohin de 100 ml. Avec une eau de Volvic chauffée à 80°C (et issue d’une autre bouteille que précédemment, le lendemain), nous avons réalisé une première infusion de 45 secondes, puis une deuxième de 30 secondes suivie d’une troisième et d’une quatrième de respectivement 60 et 90 secondes. L’infusion est filtrée par le filtre du hohin.

Liqueur

Limpidité

Comme précédemment et comme attendu, la liqueur est trouble et c’est la deuxième qui l’est le plus.

Odeur

Comme précédemment, l’odeur est végétale et marine et toujours comme précédemment, nous ressentons également des notes gourmandes ainsi que des céréales et des pois chiches crus.

Couleur

La liqueur est d’un beau vert-jaune vif, similaire à celle de l’infusion en kyusu (PMS 380      ).

Infusion

Texture

L’infusion est un peu moins ronde qu’en kyusu mais largement plus qu’en gaiwan.

Saveur

Comme avec le kyusu, nous avons des dominantes marines et végétales, sans aucune dominance de l’une par rapport à l’autre, ainsi que des saveurs de légumes secs, de pois chiches, de lentilles ou encore de céréales… C’est beaucoup plus riche, plus fin, plus équilibré qu’en gaiwan, mais l’umami et l’équilibre sont un peu moins marqués qu’en kyusu.

Touche finale

Comme pour l’infusion en kyusu, la touche finale est marine, empyreumatique et gourmande.

Avis sur cette infusion

L’infusion a une très belle odeur dans laquelle je distingue beaucoup de céréales. En bouche, on a quelque chose de plus fin, plus rond et moins amer qu’en gaiwan, mais je note malgré tout une légère différence (défavorable) par rapport à l’infusion en kyusu.

Aurélie

Je rejoins totalement ma comparse : l’infusion est superbe, équilibrée, bonne et riche, largement supérieure en qualité à celle obtenue en gaiwan. Toutefois, on un umami moins marqué qu’en kyusu et un équilibre un peu plus fragile. Donc kyusu en haut du podium, suivi de peu par le hohin, et loin derrière le gaiwan.

Robin

Conclusion après ce troisième test

Ainsi, cette troisième méthode d’infusion tend à confirmer le bénéfice du grès de la Puisaye utilisé par Jé dans la conception de ses céramiques quant à l’infusion de ce fukamushi sencha. Cependant, nous notons une légère supériorité qualitative de l’infusion en kyusu par rapport à celle en hohin, bien que les deux soient constitués de la même terre. Ceci laisserait à penser que la forme de l’infuseur joue également un rôle, dans une moindre mesure toutefois que le matériau. Très clairement, il conviendrait donc d’infuser ce thé (ce type de thés ?) dans un kyusu, particulièrement ici en grès de la Puisaye, mais une comparaison avec un kyusu similaire en porcelaine reste nécessaire.

Conclusion : Avis général sur ce thé

Avis Général

Avis Général

Aurélie

Il s’agit là d’un très bon thé, qui plus est le premier fuka qu’il m’est donné de gouter (merci Jé ! ). Même s’il est très bon en gaiwan, il manque d’équilibre, et l’infusion en kyusu est de loin celle qui m’a le plus marquée : on a alors un gout riche parfaitement équilibré, rond, tout en subtilités.

Note d'Aurélie

Avis Général

Avis Général

Robin

Quel régal ! Je découvre les thés japonais, notamment les sencha, et ce fukamushi (mon premier aussi) est vraiment délicieux ! De la même manière, c’est l’infusion en kyusu qui me convient le mieux (comme quoi, si les Japonais ont mis au point ce type de théière, ce n’est pas pour rien !), qui est des trois la mieux équilibrée et la plus ronde. L’umami est prononcé et mon palais prend plaisir à découvrir cette nouvelle saveur. Nous ferons prochainement d’autres tests de matériaux, mais il semble déjà que ce grès soit très bien adapté à ce type de thé.

Note de Robin

Fukamushi Sencha Sayamakaori Gokuchanin, profil gustatif
N

Ce rapport est terminé !

C’est la fin de ce rapport de dégustation ! Nous espérons qu’il vous aura plu et vous aura permis de vous aider à vous orienter sur la voie du thé. Si vous avez vous-aussi goûté ce thé, nous serions ravis d’avoir vos impressions. Dans tous les cas, n’hésitez pas à nous le faire savoir, soit dans les commentaires ci-dessous soit sur les réseaux sociaux !

  • Blossom

    Voilà un test intéressant! Mais des plus difficiles.
    En effet, s’il est facile de varier les ustensiles et de classer les résultats par ordre de préférence, il est compliqué d’identifier clairement l’influence de chaque paramètre.
    Ici, dans l’idée de juger de l’effet de cette terre sur ce thé, vous l’avez comparé à la porcelaine, matériau neutre. Mais si la différence constatée était liée uniquement à cette terre, vous auriez dû obtenir le même résultat en hohin et en kyusu. Or ce n’est pas le cas, car, comme vous l’avez compris ensuite, l’ustensile n’influe pas seulement par le matériau qui le compose.
    Et, c’est là que je veux en venir, l’infusion de sencha en gaiwan!… comment dire….. c’est un truc de Ninja! XD
    Tirer le meilleur d’un sencha, c’est déjà difficile avec des ustensiles adaptés, mais ça demande énormément d’expérience en gaiwan. Et ce n’est pas qu’une question de filtration. Donc il est possible que les liqueurs obtenues au gaiwan, bien que neutre car en porcelaine, soient loin de ce que ce sencha a à donner quand il est manié correctement.
    Et puis les sencha sont des thés qui peuvent beaucoup varier d’une session à l’autre. J’ai plutôt l’habitude de les infuser plusieurs fois dans les mêmes conditions avant de m’en faire une idée précise, en faisant une sorte de moyenne des différentes sessions.
    Voilà peut être une piste de réflexion supplémentaire pour interpréter vos résultats. Eh oui…. c’est sans fin quand on veut être précis. 😉

    Bonne continuation sur votre voie! 🙂

    • Merci Blossom pour ce commentaire, comme toujours des plus constructifs !
      Effectivement, on a pénétré l’univers des thés japonais il y a vraiment peu de temps, et on s’aperçoit vite de son gigantisme et de sa complexité ! Clairement, les sencha en gaiwan, plus pour le moment. Nous avons en effet déjà remarqué qu’une belle infusion bien réussie était difficile à reproduire (alors qu’on prend des notes à chaque fois et qu’on tente de reproduire dans les mêmes conditions, avec le même thé évidemment, et donc on en conclu qu’il y a des choses infimes qui varient, que nous n’arrivons pas encore à identifier), et donc là du début on a senti que ce test allait être un brin foireux, notamment de par cette variable confondue, mais pas seulement 😉 Mais il nous a permis de grandir et d’en apprendre d’avantage, particulièrement comme tu le dis que c’est sans fin 🙂
      Cette idée de test est aussi venue du précédent échange que nous avons eu suite à la publication du billet sur le Hung Shui (pour mémoire : https://www.orien-the.fr/rapports-de-degustation/thes-oolongs/moyennement-oxydes/hung-shui-de-yong-lung-dong-ding-hiver-2013/ ), et du coup on en prépare un autre, avec encore plus de variables confondues mais qui nous permettra d’y voir plus clair ! 😉
      Pour finir, ce que je trouve vraiment chouette avec cette voie du thé, c’est qu’on a tous les deux une formation scientifique poussée, durant laquelle on a eu l’habitude de manipuler et contrôler certaines variables, et c’était finalement presque simple. Ici, plein de choses nous échappent et l’apprentissage en devient de fait beaucoup plus plaisant !

      Merci pour tes commentaires et échanges qui contribuent à nous faire aller plus loin, à faire des tests à dérapages plus ou moins contrôlés mais aussi à nous lâcher et à improviser, en tout cas à prendre plaisir et à progresser !

      • Blossom

        Ahah! Hâte de lire le prochain! 😉
        Idem pour la formation scientifique, je passe mon temps à alterner entre l’envie de comprendre ce qui se passe dans ma tasse, et à lâcher prise face à une reproductibilité très limite.
        Je l’avais écrit sur le forum, au fil des années, ce qui ressort de mon expérience, c’est que peu importe que je sois 100% présente pendant mes sessions, que je coupe le cheveu en quatre, ou que je me laisse porter par l’intuition, ce qui compte le plus, c’est de reproduire, chaque jour, un nombre incalculable de fois, les mêmes gestes, la même chorégraphie, à la manière des arts martiaux. Sans que je puisse dire concrètement ce qui s’est améliorer dans ma technique, c’est effectivement le cas. La répétition fait progresser. À nous ensuite de continuer à remettre en question les habitudes prises, de sortir du cadre régulièrement.
        Bref, même un test foireux fait avancer, et nous remet les pieds sur terre aussi. =)
        Amusez vous bien.

        • Merci ! Nous prenons bonne note de ce que tu dis, ça va nous faire avancer, c’est certain !
          Très bons thés à toi 🙂

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